En Suisse romande, la durée du travail fait partie des sujets que beaucoup de salariés n'abordent pas à l'embauche. La pression culturelle du "on verra bien" est forte, surtout dans les environnements de startup ou dans les cabinets de conseil où les longues journées sont une norme implicite. Résultat : des centaines d'heures accumulées, sans compensation ni contrepartie.

La loi suisse distingue deux notions souvent confondues. Les heures supplémentaires au sens du Code des obligations (CO art. 321c), qui concernent le dépassement de la durée contractuelle. Et les heures supplémentaires au sens de la loi sur le travail (LTr), qui fixent des limites absolues liées à la santé et à la sécurité. Ces deux régimes coexistent et ne s'excluent pas. Connaître la distinction est la première étape pour savoir si et quoi réclamer.

Selon une étude du SECO sur les conditions de travail, environ 30 % des salariés à temps plein en Suisse déclarent effectuer régulièrement des heures supplémentaires non compensées. Dans la finance genevoise, la pharma vaudoise et les cabinets de conseil romands, ce chiffre est structurellement plus élevé, en raison des clauses d'inclusion contractuelles répandues dans ces secteurs.

Heures supplémentaires versus surtemps, clauses d'inclusion, limites légales et recours : ce guide détaille ce que le droit suisse prévoit réellement.

En résumé
  • Le CO prévoit une compensation des heures supplémentaires en temps libre ou avec supplément de 25 %, sauf accord contraire par écrit.
  • Le contrat peut prévoir que les heures sup sont "incluses dans le salaire", mais seulement dans des limites raisonnables.
  • La LTr fixe des maximums absolus : 45 à 50 heures par semaine selon le secteur. Ces limites ne peuvent pas être dépassées même contractuellement.
  • Le registre du temps de travail est obligatoire : l'employeur a l'obligation légale de le tenir.

Le régime du Code des obligations : dépassement contractuel

Le Code des obligations art. 321c définit les heures supplémentaires comme le dépassement de la durée de travail prévue par le contrat ou les usages. Si le contrat prévoit 40 heures par semaine et que le salarié en effectue 45, les 5 heures supplémentaires doivent être compensées, sauf si la clause contractuelle applicable le prévoit autrement.

Par défaut, la compensation prend deux formes. Le temps libre d'une durée au moins équivalente aux heures effectuées, pris d'un commun accord dans un délai raisonnable. Ou, si la compensation en temps n'est pas possible, le paiement du salaire correspondant assorti d'un supplément de 25 %. Ce supplément est le minimum légal. La CCT ou le contrat peut prévoir un supplément plus élevé.

La clause "les heures supplémentaires sont incluses dans le salaire" est très répandue dans les contrats suisses, notamment pour les postes à responsabilité. Elle est valide sous conditions : le salaire global doit être suffisamment élevé pour couvrir raisonnablement les heures supplémentaires attendues, et la charge de travail effective ne doit pas dépasser les limites de la LTr. Un tribunal genevois a invalidé une telle clause dans un dossier où le salaire était dans la moyenne du secteur mais les heures régulières dépassaient systématiquement 50 heures hebdomadaires.

La preuve des heures supplémentaires repose en grande partie sur le salarié. Conserver les emails envoyés tard le soir, les badges d'accès, les relevés de temps dans les outils de gestion de projet, les messages attestant d'une disponibilité étendue : ces éléments constituent un faisceau d'indices utile en cas de litige.

La loi sur le travail (LTr) : les limites absolues

La loi sur le travail (LTr) s'applique indépendamment du contrat et fixe des limites maximales que aucune clause contractuelle ne peut dépasser. La durée hebdomadaire maximale est de 45 heures pour les employés de bureau, les travailleurs techniques et les vendeurs des grands commerces. Elle est de 50 heures pour les autres catégories.

Au-delà de ces maximums légaux, les heures effectuées sont appelées "surtemps" (distinct des "heures supplémentaires" du CO). Le surtemps doit être compensé en temps libre dans les 14 semaines ou, à défaut, payé avec un supplément de 25 %. Il ne peut pas être annulé par une clause contractuelle d'inclusion. La distinction entre heures supplémentaires (CO) et surtemps (LTr) est donc importante pour déterminer quels droits s'appliquent.

La LTr prévoit également des règles sur les pauses (au moins 15 minutes pour une journée de 7 heures, 30 minutes pour 9 heures), le repos entre deux journées (minimum 11 heures consécutives), et les limitations du travail de nuit et du dimanche. Ces règles s'appliquent à la majorité des salariés, à l'exception des cadres supérieurs et des personnes avec un "pouvoir de décision important" au sens de la loi, qui ne sont pas soumis à la LTr pour la durée de travail.

L'Inspection du travail cantonale (OCIRT à Genève, Inspection cantonale du travail en Vaud) est compétente pour contrôler le respect de la LTr. Un salarié qui estime que ses droits LTr sont systématiquement violés peut signaler la situation à l'inspection du travail, de façon confidentielle si nécessaire.

Registre du temps de travail et démarches pratiques

La LTr impose à l'employeur de tenir un registre du temps de travail pour tous les salariés soumis à la loi. Ce registre doit être conservé cinq ans et peut être consulté par l'inspection du travail. Depuis 2016, il existe des modèles simplifiés pour les employés qui gèrent leur temps de façon autonome : un relevé annuel des heures totales peut suffire dans certains cas, avec des relevés hebdomadaires pour les cas de dépassement. L'absence de registre est une infraction administrative pour l'employeur, mais elle ne prive pas le salarié de ses droits si des preuves alternatives existent.

Pour un salarié qui souhaite récupérer des heures supplémentaires non compensées, la démarche pratique consiste d'abord à documenter les heures effectuées (relevés, emails, messageries d'équipe), puis à adresser une demande écrite à l'employeur en précisant les heures non compensées et le mode de compensation souhaité. Si l'employeur refuse ou ne répond pas, un recours devant le tribunal des prud'hommes est possible dans un délai de cinq ans pour les créances salariales en général.

Les syndicats romands (Unia, SIT à Genève, SCIV en Valais) offrent des consultations gratuites pour les salariés qui souhaitent évaluer leurs droits en matière d'heures supplémentaires avant d'engager toute démarche formelle. Cette étape préalable est utile pour estimer le montant potentiel et évaluer les chances d'une issue favorable.

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Questions fréquentes

Mon contrat stipule que les heures supplémentaires sont incluses dans mon salaire. Est-ce légal en Suisse ?

Oui, sous conditions. La clause est valide si le salaire global est suffisamment élevé pour couvrir un nombre raisonnable d'heures supplémentaires, et si la charge de travail effective ne dépasse pas les limites de la LTr (45 ou 50 heures selon le secteur). Si les heures régulières dépassent systématiquement ces maximums légaux, la clause peut être invalidée par un tribunal, indépendamment de ce que le contrat stipule.

Quelle est la durée maximale de travail légale par semaine en Suisse ?

La LTr fixe un maximum de 45 heures par semaine pour les employés de bureau, les travailleurs techniques et les vendeurs des grands commerces. Pour les autres catégories, le maximum est de 50 heures. Ces limites incluent les heures supplémentaires. Les dépassements doivent être compensés en temps libre dans les 14 semaines ou payés avec 25 % de supplément.

Dans quel délai puis-je réclamer des heures supplémentaires non payées en Suisse ?

Les créances de salaire, dont les heures supplémentaires, se prescrivent en cinq ans à compter de leur exigibilité (CO art. 128). Au-delà de cinq ans, la créance est prescrite et ne peut plus être réclamée en justice. Il est donc recommandé de ne pas attendre la fin du contrat pour documenter et réclamer les heures supplémentaires non compensées.

L'employeur est-il obligé de tenir un registre des heures de travail en Suisse ?

Oui. La LTr impose à l'employeur de tenir un registre du temps de travail pour tous les salariés soumis à la loi. Ce registre doit être conservé cinq ans et peut être consulté par l'inspection du travail. Des modèles simplifiés sont autorisés pour les salariés à grande autonomie. L'absence de registre est une infraction administrative mais ne prive pas le salarié de ses droits si des preuves alternatives sont disponibles.