La Suisse présente un paradoxe en matière de santé : l'un des systèmes de santé les mieux classés au monde, avec des hôpitaux de premier rang (CHUV, HUG, Inselspital), des médecins parmi les mieux formés et les mieux rémunérés d'Europe, et pourtant un système de financement entièrement à la charge des assurés, sans cotisation patronale sur les primes. En 2025, la prime LAMal moyenne adulte en Suisse dépasse 490 CHF par mois, avec des disparités cantonales majeures : Genève se situe entre 600 et 750 CHF par mois selon les assureurs, tandis que certains cantons ruraux restent sous les 400 CHF.

Pour un candidat qui compare une offre suisse avec son salaire actuel en France, la prime LAMal est souvent le premier choc. Elle ne fonctionne pas comme les cotisations salariales françaises (calculées en % du salaire) mais comme une prime fixe identique pour tous les assurés d'un même canton, quelle que soit leur rémunération. Un apprenti et un directeur de multinationale paient la même prime LAMal pour une couverture équivalente.

LAMal 2026 : l'essentiel à retenir
  • Obligation d'affiliation : dans les 3 mois suivant l'arrivée en Suisse ou la prise d'emploi (pour les frontaliers).
  • Primes 2025 à Genève : entre 600 et 750 CHF/mois pour un adulte, selon l'assureur et la franchise choisie.
  • Franchise : de 300 à 2 500 CHF par an. Plus la franchise est haute, plus la prime est basse.
  • Quote-part : 10 % des coûts au-delà de la franchise, jusqu'à un maximum annuel de 700 CHF (adulte).
  • Frontaliers : option de rester couvert en France dans certains cantons, à exercer dans les 3 mois suivant la prise d'emploi.

Fonctionnement de base : franchise, quote-part et primes

La LAMal fonctionne selon un mécanisme en deux temps. D'abord la franchise annuelle : le montant que l'assuré paie intégralement avant que l'assurance intervienne. La franchise ordinaire est de 300 CHF. Elle peut être augmentée volontairement à 500, 1 000, 1 500, 2 000 ou 2 500 CHF : plus la franchise choisie est haute, plus la prime mensuelle est réduite. Pour un adulte en bonne santé qui consulte rarement, une franchise à 2 500 CHF permet d'économiser plusieurs centaines de francs par an sur la prime.

Une fois la franchise atteinte, la quote-part s'applique : l'assuré prend en charge 10 % des coûts restants, jusqu'à un maximum annuel de 700 CHF pour un adulte. Au-delà, l'assurance prend en charge 100 % des coûts couverts. En cas de maladie grave ou d'hospitalisation prolongée, la protection est donc totale une fois le plafond de quote-part atteint.

Les primes varient selon l'assureur (il en existe une cinquantaine en Suisse, tous obligés de proposer la couverture de base standardisée) et selon le canton de résidence. Le Comparateur de primes de l'OFSP (Office fédéral de la santé publique) permet de comparer les offres. Les assureurs ne peuvent pas refuser un assuré, ne peuvent pas moduler la prime selon l'état de santé, et doivent proposer une couverture de base strictement identique.

Ce que la LAMal couvre et ce qu'elle ne couvre pas

La couverture de base LAMal comprend les consultations médicales, les hospitalisations en division commune dans les hôpitaux publics du canton de résidence, les médicaments inscrits sur la liste des spécialités remboursées, les analyses de laboratoire, et les soins dentaires d'urgence en cas d'accident. Le médecin traitant (médecin de famille) est l'entrée du système : dans la plupart des modèles d'assurance, une consultation spécialiste sans référence du médecin traitant n'est pas remboursée.

Ce que la LAMal ne couvre pas est tout aussi important à connaître. Les soins dentaires courants (détartrage, soins, prothèses) ne sont pas couverts par la LAMal de base : ils relèvent d'assurances complémentaires privées. Les lunettes et lentilles de correction pour les adultes ne sont pas prises en charge. Les médecines alternatives (ostéopathie, acupuncture) ne sont remboursées que partiellement et dans certains modèles d'assurance.

Une assurance complémentaire (LCA, régie par la Loi sur le contrat d'assurance) est fortement recommandée pour couvrir les soins dentaires, l'hospitalisation en division semi-privée ou privée, et les médecines complémentaires. Les complémentaires sont proposées par les mêmes assureurs que la LAMal de base, mais peuvent refuser des candidats ou pratiquer des surprimes selon l'état de santé déclaré lors de la souscription.

LAMal pour les frontaliers : l'option française et ses limites

Les frontaliers résidant en France qui travaillent dans les cantons de Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Neuchâtel, Jura et Berne ont la possibilité d'opter pour le maintien de leur couverture par l'assurance maladie française (Sécurité sociale + mutuelle complémentaire) plutôt que d'adhérer à la LAMal. Cette option doit être exercée dans les 3 mois suivant la prise de poste en Suisse, et elle est définitive pour toute la durée de l'activité dans ce canton.

L'option française présente des avantages évidents : les primes françaises (cotisations + mutuelle complémentaire) sont généralement moins élevées que la prime LAMal genevoise. Mais elle a des limites pratiques importantes. La couverture Sécurité sociale française en Suisse est limitée aux soins urgents et aux affections de longue durée. Pour les consultations courantes avec un médecin de ville suisse, la Sécurité sociale française rembourse selon ses tarifs (bien inférieurs aux honoraires suisses), laissant un reste à charge élevé.

En pratique, les frontaliers qui choisissent l'option française consultent principalement leurs médecins en France et n'utilisent le système suisse que pour les urgences ou les soins directement liés au travail. Pour ceux qui souhaitent accéder librement aux médecins suisses (notamment dans les secteurs où les collègues travaillent à Genève et souhaitent consulter sur place), la LAMal est préférable malgré son coût.


Questions fréquentes

Peut-on changer d'assureur LAMal chaque année pour avoir la prime la moins chère ?

Oui. La couverture de base LAMal est identique chez tous les assureurs agréés, et l'assuré peut résilier son contrat de base au 30 novembre pour le 31 décembre de la même année (ou au 28 février pour le 31 mars si l'assureur augmente sa prime). Les assureurs ne peuvent pas s'opposer à cette résiliation. Le Comparateur de primes de l'OFSP permet chaque automne de trouver l'offre la plus compétitive pour l'année suivante.

Les enfants sont-ils couverts par la LAMal à des conditions différentes des adultes ?

Oui. Les primes LAMal pour les enfants de moins de 18 ans sont nettement plus basses que pour les adultes, et des subventions cantonales s'appliquent dans certains cantons pour les familles à revenus modérés. De plus, dans la plupart des cantons, les frais de médecin pour les enfants ne sont pas soumis à la franchise ordinaire : les soins pédiatriques courants sont pris en charge dès le premier franc.

Que se passe-t-il si on ne s'affilie pas à la LAMal dans les 3 mois imposés ?

L'autorité cantonale (service cantonal de l'assurance-maladie) procède à une affiliation d'office auprès d'un assureur désigné. La prime de cet assureur est généralement plus élevée que les offres du marché. L'assuré est rétroactivement couvert depuis son arrivée en Suisse et doit rembourser rétroactivement les primes dues depuis cette date. Il est donc nettement préférable de s'affilier volontairement dans le délai prévu.

La LAMal couvre-t-elle les soins reçus en France lors d'un séjour ou des vacances ?

Pour les soins urgents survenus à l'étranger, la LAMal rembourse au maximum le double du montant qui aurait été remboursé en Suisse pour les mêmes soins. En pratique, les soins en France sont moins chers qu'en Suisse, donc la LAMal rembourse généralement les frais engagés. Pour des séjours prolongés à l'étranger ou des soins programmés hors Suisse, une assurance complémentaire internationale est recommandée.