En décembre 2025, le SECO enregistrait 115'000 chômeurs en Suisse, soit un taux de 2,6 %. La Suisse romande se situe légèrement au-dessus de la moyenne nationale (3,1 % à Genève, 2,9 % dans le canton de Vaud), portée par un tissu industriel moins diversifié que la Suisse alémanique et une proportion plus élevée de travailleurs dans des secteurs sensibles aux cycles économiques.

Ce contexte globalement favorable masque des réalités sectorielles très contrastées. Certains profils, développeurs cloud, ingénieurs en réglementation pharmaceutique, infirmiers diplômés, spécialistes compliance, se trouvent dans une situation de pénurie durable. D'autres, cadres intermédiaires en services financiers, profils administratifs peu spécialisés, middle management, font face à une sélection plus sévère depuis la vague de restructurations de 2023-2024.

Baromètre 2026: chiffres clés
  • Taux de chômage national: 2,6 % (SECO, janvier 2026).
  • Secteurs en tension: IT/cloud, pharma réglementaire, santé (infirmiers), ingénierie électrique.
  • Secteurs en réajustement: finance de détail, assurances, administration publique cantonale.
  • Évolution salariale médiane 2025: +1,8 % nominal, +0,6 % réel (IPC à +1,2 %).
  • Télétravail: 35 % des salariés suisses en modalité hybride régulière (BFS 2025).

IT et tech: pénurie confirmée, mais sélectivité renforcée

Le secteur IT reste le plus tendu du marché romand. Selon les données Jobup 2025, les offres d'emploi pour développeurs logiciels ont progressé de 12 % sur douze mois, tandis que l'offre de profils disponibles stagnait. Les délais de recrutement pour un développeur senior confirmé atteignent 4 à 6 mois dans certaines entreprises, contre 6 à 8 semaines pour un profil administratif.

Cette tension ne bénéficie pas uniformément à tous les profils IT. Les développeurs Python, cloud (AWS, Azure, GCP) et les ingénieurs MLOps sont en pénurie réelle. Les profils Java backend dans des stacks legacy et les testeurs manuels sans expertise automation font face à une demande plus sélective. L'IA a commencé à réduire les besoins en testing manuel et en développement front-end standard dans les grandes entreprises.

Les startups de l'écosystème EPFL à Lausanne et les scale-ups tech genevoises ont maintenu leurs recrutements en 2025, mais avec des processus plus exigeants: test technique, cas pratiques et plusieurs tours d'entretien sont devenus la norme même pour les profils mid-level.

Pharma et santé: demande structurelle inchangée

La Suisse romande concentre une part significative de l'industrie pharmaceutique mondiale. Novartis, Roche, Lonza, Merck, Johnson & Johnson et des dizaines de sociétés spécialisées emploient directement ou indirectement plus de 35'000 personnes dans l'arc lémanique. Cette base industrielle génère une demande structurelle stable en profils affaires réglementaires, QA/QC, supply chain pharma et MSL (Medical Science Liaisons).

Les infirmiers restent en pénurie sévère. Le CHUV et les HUG recrutent régulièrement à l'étranger, principalement en France, en Belgique et au Portugal. Le différentiel salarial entre la Suisse et les pays voisins (un infirmier diplômé gagne 85'000 à 95'000 CHF à Lausanne contre 35'000 à 40'000 EUR en France) continue d'alimenter un flux migratoire de professionnels de santé vers la Suisse romande.

Finance: consolidation et spécialisation

La place financière genevoise reste la deuxième plus grande place de gestion de fortune au monde, mais elle connaît une phase de consolidation. Les restructurations chez Credit Suisse (absorbé par UBS en 2023) ont libéré plusieurs milliers de profils sur le marché, ce qui a durci la sélection pour les postes généralistes en banque privée. Les profils spécialisés, compliance FINMA, AML, wealth structuring, ESG, continuent d'être en demande.

Le secteur fintech genevois et lausannois attire des profils bancaires qui cherchent un environnement plus agile. Les plateformes de néobanque, de paiement et d'investissement alternatif recrutent des profils hybrides finance-tech avec des packages souvent inférieurs à ceux de la banque traditionnelle mais avec plus d'equity et de flexibilité.

Salaires 2026: hausse modérée, pression sur les profils IT

La hausse salariale médiane en Suisse a été de 1,8 % en termes nominaux en 2025, soit une hausse réelle d'environ 0,6 % après inflation. Cette progression est inférieure aux années 2022-2023 (hausse de 2,5 à 3 %) mais supérieure à la stagnation de 2015-2019. Les négociations 2026 s'annoncent dans une fourchette similaire pour la plupart des secteurs.

Les exceptions à la hausse: les profils IT seniors en forte tension ont négocié des hausses individuelles de 5 à 15 % lors de changements d'employeur. Les infirmiers, grâce à une pénurie structurelle et à des actions syndicales, ont obtenu des revalorisations de 3 à 5 % dans les cantons de Vaud et Genève. Le delta entre les augmentations internes (1-2 %) et les offres du marché (4-8 % à l'embauche) continue d'inciter les profils qualifiés à la mobilité externe.

Télétravail: stabilisation autour du modèle hybride

Après les turbulences de 2020-2022 et le rappel au bureau de nombreuses entreprises en 2023-2024, le marché s'est stabilisé autour du modèle hybride 2-3 jours au bureau. Les employeurs suisses qui imposent 5 jours au bureau ont du mal à recruter des profils mobiles, en particulier dans l'IT et la finance. Les employeurs qui proposent un full remote restent minoritaires (moins de 15 % des offres selon Jobup 2025) mais très attractifs pour certains profils.

Le télétravail depuis la France pour un employeur suisse reste une zone grise fiscale et sociale: des accords bilatéraux temporaires ont permis des situations hybrides pendant la pandémie, mais le cadre légal régulier impose la domiciliation fiscale et les cotisations sociales selon des règles complexes. Les frontaliers qui travaillent plus de 25 % de leur temps depuis la France peuvent changer de régime fiscal, ce qui impacte directement leur net.


Le marché romand de 2026 récompense les profils spécialisés et pénalise les généralistes sans différenciation claire. Dans ce contexte, la visibilité de son profil, la précision de son positionnement et la qualité du dossier de candidature comptent autant que les compétences elles-mêmes.