Lexique du travail en Suisse romande
Le droit du travail suisse utilise des abréviations et des concepts spécifiques que les nouveaux arrivants découvrent au fil des contrats et des fiches de salaire. Ce lexique regroupe plus de 75 définitions organisées par thème, de l'AVS à la clause de non-concurrence, en passant par les permis de travail et les règles sur le licenciement.
Prévoyance sociale et retraite
- AVS, Assurance vieillesse et survivants, 1er pilier. Cotisation de 10,6 % du brut partagée employeur/salarié. Rente maximale : 2 450 CHF/mois en 2026.
- LPP, Loi sur la prévoyance professionnelle, 2e pilier. Caisse de pension d'entreprise obligatoire pour les salaires supérieurs à 22 050 CHF/an.
- Pilier 3a, Épargne retraite individuelle liée, déductible du revenu imposable. Plafond annuel pour salarié : 7 258 CHF (2026).
- Prévoyance individuelle, 3e pilier libre (3b) : épargne sans plafond ni déductibilité fiscale directe.
- Rachat LPP, Versement volontaire dans la caisse de pension pour combler des lacunes de prévoyance, déductible fiscalement.
- Salaire coordonné, Partie du salaire soumise à la cotisation LPP obligatoire, après déduction de la franchise de coordination (25 725 CHF en 2026).
- AI (Invalidité), Assurance invalidité fédérale, financée conjointement avec l'AVS. Verse des rentes et des mesures de réinsertion en cas d'incapacité de travail durable.
- APG, Allocations pour perte de gain : indemnisent la perte de revenu lors du service militaire, du congé maternité/paternité et d'autres situations.
Assurances obligatoires
- LAMal, Assurance maladie obligatoire pour tout résident suisse. Primes entièrement à la charge du salarié (l'employeur ne cotise pas). Franchise et quote-part modulables.
- LAA (Assurance accidents), Assurance accidents obligatoire : accidents professionnels couverts à 100 % par l'employeur ; accidents non professionnels couverts si le salarié travaille ≥ 8 h/semaine.
- IJM, Indemnité journalière maladie. Assurance collective souscrite par l'employeur couvrant la perte de salaire en cas de maladie prolongée (souvent 720 jours à 80 % du salaire).
- Indemnité journalière, Prestation versée par la LAA ou l'IJM en cas d'incapacité temporaire de travail.
- Allocations familiales, Prestations cantonales pour enfants à charge. Montant minimal fédéral : 200 CHF/mois par enfant de moins de 16 ans.
Rémunération
- Salaire médian, Valeur qui partage la distribution des salaires en deux moitiés égales. Plus pertinente que la moyenne pour évaluer un salaire.
- Salaire minimum, Pas de salaire minimum légal national en Suisse. Certains cantons ont adopté un minimum cantonal (Genève : 24,32 CHF/h en 2026). Les CCT sectorielles fixent des minima par branche.
- 13e salaire, Mois de salaire supplémentaire, versé en fin d'année. Non obligatoire légalement, sauf CCT. Devient un droit acquis si versé de façon répétée sans réserve.
- 13e salaire proportionnel, Calcul du 13e lors d'une entrée ou sortie en cours d'année : proratisé aux mois travaillés.
- Salaire variable, Composante de la rémunération liée aux résultats (bonus, commissions). Son caractère obligatoire dépend du contrat et des conditions fixées.
- Salaire horaire, Mode de rémunération à l'heure. Inclut une indemnité pour les vacances (10,64 % ou 13,04 % selon le droit) dans les contrats sur appel ou temporaires.
- Gratification, Prime discrétionnaire de l'employeur. Peut devenir un droit acquis si versée de façon répétée sans réserve expresse. Distinction importante avec le bonus contractuel.
- Prime de risque, Supplément salarial pour certains postes exposés à des risques particuliers (travail en hauteur, produits dangereux).
- Frais professionnels, Remboursements de dépenses engagées pour le travail (transport, repas, téléphone). Non imposables dans certaines limites. Règles spécifiques pour les cadres.
- Déductions salariales, AVS/AI/APG (5,3 %), AC (1,1 %), LPP (variable), assurance perte de gain maladie : total couramment 12–14 % du brut côté salarié.
Permis de travail et séjour
- Permis B, Autorisation de séjour avec activité lucrative pour ressortissants étrangers. Durée : 5 ans (CDI) ou durée du contrat (CDD).
- Permis B UE/AELE, Spécificités du permis B pour les ressortissants de l'Union européenne et de l'AELE bénéficiant de la libre circulation.
- Permis C, Autorisation d'établissement permanent. Accordé après 5 ans (UE/AELE) ou 10 ans (hors UE). Droits quasi identiques aux ressortissants suisses.
- Permis G, Autorisation frontalière. Accordée aux résidents à l'étranger travaillant en Suisse, avec retour hebdomadaire au domicile.
- Permis L, Autorisation de séjour de courte durée (inférieure à 1 an). Accordé pour les contrats CDD courts ou les missions.
- Frontalier, Travailleur résidant dans un pays voisin (France, Allemagne, Italie, Autriche) et travaillant en Suisse sans y résider.
Chômage et placement
- Assurance chômage (LACI), Cotisation de 2,2 % (1,1 % employeur + 1,1 % salarié). Indemnise jusqu'à 400 jours (520 pour les plus de 55 ans) à 70–80 % du gain assuré.
- Gain assuré, Base de calcul des indemnités chômage. Égal au salaire moyen des 6 ou 12 derniers mois, plafonné à 148 200 CHF annuels (2026).
- ORP, Office régional de placement. Organisme cantonal qui suit les demandeurs d'emploi, gère les indemnités et propose les mesures de marché du travail (MMT).
- Chômage partiel, Indemnisation en cas de réduction temporaire du temps de travail dans l'entreprise. Permet d'éviter les licenciements lors de crises économiques.
- Service de placement, Activité de mise en relation entre employeurs et candidats. Les agences de placement sont soumises à une autorisation fédérale.
Contrat de travail
- CDD, Contrat à durée déterminée. Prend fin automatiquement à l'échéance. La résiliation anticipée n'est possible qu'en cas de justes motifs.
- Contrat individuel de travail, Convention entre employeur et salarié régie par le Code des obligations (CO). Peut être écrite ou orale, mais l'écrit est fortement recommandé.
- Période d'essai, Durée légale : 1 mois (modifiable jusqu'à 3 mois par contrat). Préavis de 7 jours pendant l'essai.
- Délai de congé, Durée légale : 1 mois (1re année), 2 mois (2e–9e année), 3 mois (dès 10e année). Le contrat ou la CCT peut prévoir des délais plus longs.
- Ancienneté, Durée de service chez l'employeur. Détermine le délai de congé, certains droits aux vacances et le montant des indemnités en cas de licenciement.
- Démission, Résiliation du contrat par le salarié. Doit respecter le délai de congé légal ou contractuel. Aucune indemnité de départ n'est due à l'employeur.
- Obligation de fidélité, Obligation légale du salarié de défendre les intérêts de l'employeur et d'éviter tout conflit d'intérêts pendant l'exécution du contrat.
- Clause de non-concurrence, Limite l'activité professionnelle du salarié après la fin du contrat. Valide uniquement si inscrite par écrit, limitée dans le temps (max 3 ans) et géographiquement.
Licenciement et fin de contrat
- Licenciement abusif, Résiliation contraire à l'art. 336 CO (motifs prohibés : syndicat, grossesse, réclamation, etc.). Délai de contestation : 30 jours calendaires. Indemnité max : 6 mois de salaire.
- Licenciement économique, Résiliation pour motif économique (restructuration, fermeture). Règles spécifiques pour les licenciements collectifs (plans sociaux, consultation du personnel).
- Licenciement immédiat, Résiliation sans préavis pour justes motifs (art. 337 CO). Motif grave requis : vol, violation grave des obligations, violence. Risque de procès si les motifs ne sont pas suffisants.
- Protection contre le licenciement en maladie, Périodes de protection légales : 30 jours (1re année), 90 jours (2e–5e année), 180 jours (dès 6e année). Licenciement nul pendant ces périodes.
- Accord de fin de rapports, Convention entre employeur et salarié pour mettre fin au contrat d'un commun accord. Implique souvent une indemnité de départ.
- Plan social, Mesures négociées entre l'employeur et la représentation du personnel lors de licenciements collectifs : indemnités, reclassement, retraite anticipée.
- Reclassement, Obligation de l'employeur de proposer des postes alternatifs avant de licencier, dans les entreprises concernées par des restructurations.
- Certificat de travail, Document obligatoire remis à tout salarié quittant l'entreprise. Doit être complet, véridique et bienveillant.
- Avertissement, Mise en garde formelle précédant un licenciement pour insuffisance ou faute. Sert à documenter les chances d'amélioration données au salarié.
Congés et temps de travail
- Congé annuel (vacances), Minimum légal : 4 semaines (20 jours ouvrables). Porté à 5 semaines par de nombreux employeurs. Rémunéré à 100 % du salaire.
- Droit aux vacances, Détail du calcul des vacances : proratisation, report, prescription (5 ans), paiement en lieu et place lors de la sortie.
- Congé spécial, Congés pour événements personnels : mariage, naissance, décès d'un proche, déménagement. Durée fixée par CCT ou usage d'entreprise.
- Congé sans solde, Suspension du contrat sans rémunération. Aucun droit légal en Suisse, accordé uniquement par accord entre l'employeur et le salarié.
- Heures supplémentaires, Heures au-delà de la durée contractuelle. Compensation : congé équivalent ou majoration de 25 % (sauf clause contractuelle contraire).
- Surtemps, Heures dépassant la durée légale maximale (45 h ou 50 h/semaine selon la LTr). Régime distinct des heures supplémentaires.
- Durée maximale du travail, 45 h/semaine pour bureaux, commerces et industrie ; 50 h pour les autres secteurs (LTr, art. 9).
- Travail de nuit, Travail entre 23h et 6h. Nécessite une autorisation cantonale et donne droit à une compensation de 25 % ou un repos compensatoire.
- Travail du dimanche, Soumis aux mêmes règles que le travail de nuit : autorisation et compensation.
Formes d'emploi
- Taux d'activité, Exprimé en pourcentage : 100 % = temps plein, 80 % = 4 jours/semaine, 50 % = mi-temps. La Suisse romande a un des taux de travail à temps partiel les plus élevés d'Europe.
- Travail indépendant, Statut d'indépendant reconnu par les caisses AVS. Cotisations AVS à taux réduit (10 % net), pas de couverture LAA automatique, LPP facultative.
- Travail sur appel, Contrat sans horaire garanti. Le salarié est disponible et rémunéré à l'heure. Les vacances et le 13e sont inclus dans le taux horaire.
- Portage salarial, Structure permettant à un indépendant de travailler sous forme salariée via une société de portage, tout en gardant son autonomie.
- Prêt de personnel, Mise à disposition d'un salarié par son employeur auprès d'une entreprise tierce. Encadré par la loi sur le service de l'emploi (LSE).
- Délégation du personnel, Représentation des travailleurs au sein de l'entreprise. Obligatoire dès 50 salariés dans certains cantons.
Droit collectif du travail
- CCT, Convention collective de travail : accord entre syndicats et associations patronales fixant les conditions minimales. Peut être étendue à tout un secteur.
- Négociation collective, Processus de négociation entre partenaires sociaux pour établir ou réviser une CCT.
- Droit de grève, Reconnu par la Constitution fédérale (art. 28). Légal uniquement si lié à des revendications professionnelles et si toutes les voies de négociation ont été épuisées.
- Égalité salariale, Obligation légale (LEg) de rémunération égale à travail de valeur égale. Les entreprises de 100+ salariés doivent effectuer une analyse salariale et la faire certifier.
Fiscalité du travail
- Impôt à la source, Retenue fiscale directe sur le salaire pour les résidents étrangers sans permis C. Taux variable selon le canton, l'état civil et le salaire. Rectification possible via déclaration d'impôt.
Formation professionnelle
- Formation professionnelle initiale, Apprentissage en entreprise combinant pratique (3–4 jours/semaine) et école professionnelle (1–2 jours). Débouche sur un CFC ou AFP.
- Brevet fédéral, Titre fédéral de formation professionnelle supérieure (niveau 5 du système éducatif suisse). Obtenu par examen fédéral après plusieurs années d'expérience.
Questions fréquentes sur le lexique du travail en Suisse
Quelle est la différence entre l'AVS et la LPP en Suisse ?
L'AVS (Assurance vieillesse et survivants) est le premier pilier de la retraite suisse : cotisation obligatoire de 10,6 % du salaire brut partagée entre employeur et salarié, gérée par la Confédération. La LPP (Loi sur la prévoyance professionnelle) est le deuxième pilier : cotisations gérées par la caisse de pension de l'employeur, dont les taux varient selon l'âge du salarié. Ces deux systèmes sont cumulatifs : chaque salarié cotise aux deux simultanément.
Qu'est-ce qu'une CCT et comment savoir si elle s'applique à son emploi ?
Une CCT (Convention collective de travail) est un accord entre partenaires sociaux qui fixe des conditions minimales pour un secteur ou une entreprise. Pour savoir si une CCT s'applique, il faut vérifier le secteur d'activité de l'employeur et si la CCT a été déclarée de force obligatoire (DFO). Le Secrétariat d'État à l'économie (Seco) publie la liste des CCT en vigueur sur ses bases de données.
Le 13e salaire est-il obligatoire en Suisse ?
Le 13e salaire n'est pas obligatoire en droit suisse sauf lorsqu'une CCT le prévoit expressément. En pratique, il est très répandu. S'il est versé de manière répétée sans être inscrit dans le contrat ou la CCT, il peut devenir un droit acquis par usage, invocable par le salarié.
Combien de temps pour contesté un licenciement abusif en Suisse ?
Le délai est très court : 30 jours calendaires après réception du congé pour notifier l'opposition par écrit à l'employeur. Ce délai court même pendant les vacances ou une maladie. Si ce délai est manqué, le droit à contester le licenciement est définitivement perdu. Une fois l'opposition notifiée, le salarié dispose de 180 jours pour saisir le tribunal des prud'hommes.